Chronique
Texte: Marisol Hofmann et Stéphanie de Roguin
Photo: Laurianne Aeby

«La phagothérapie peut être une solution quand on se trouve dans une impasse thérapeutique»

Christophe Novou a été sauvé de l’amputation grâce à une phagothérapie. Il raconte.

«À l’âge de 10 ans, j’ai été renversé par une voiture. Cet accident a provoqué une fracture du fémur ainsi qu’un traumatisme crânien. Je vivais alors en Côte d’Ivoire. J’ai été opéré sur place, dans des conditions assez rudimentaires. Quand je suis rentré en France, on m’a détecté une infection due à un staphylocoque doré, ainsi que ce que l’on appelait la «maladie du verre»: les os décalcifiés, fragilisés. J’ai connu plusieurs curetages, j’étais sans cesse sous antibiotiques, avec des succès épisodiques. En 1998, après un dernier curetage, ma jambe s’est révélée assez solide. J’ai commencé à mener une vie normale, pratiquant la moto et des sports de combat.

En 2011, les douleurs sont réapparues. Un staphylocoque a été à nouveau dépisté. Je suis tombé d’une échelle en aidant une amie à monter des étagères. Nouvelle fracture, qui s’infecte. J’ai alors subi sept opérations chirurgicales en deux ans et demi.

En juin 2013, on m’annonce que la seule solution consiste en une amputation depuis la hanche. Je n’ai pas voulu m’y résigner.

Ma belle-sœur me signale alors un reportage télévisé qui évoque un traitement basé sur la phagothérapie s’étant montré efficace sur un malade dans une situation similaire à la mienne, Serge Fortuna. Cofondateur de l’association Les phages du futur, ce dernier organise alors un voyage en Géorgie pour faire soigner d’autres malades. Le départ est fixé un mois plus tard. En organisant un appel aux dons, je réunis 5’000 euros, sur les 8’000 nécessaires pour partir à Tbilissi. Là-bas, on me détecte cinq bactéries multi-résistantes, et non pas deux comme en France. J’entame mon traitement de phages. Après quinze jours, le médecin me dit que je peux rentrer en France. J’ai pensé: ça ne sert à rien que je reste là plus longtemps. Mais non, j’étais tout simplement guéri!

La phagothérapie n’est pas un remède miracle, elle ne marche pas à chaque fois. Mais elle constitue une solution quand on se trouve dans une impasse thérapeutique, et elle ne présente pas d’effets secondaires.

Avec mon association (www.phages-sans-frontieres.com, ndlr), nous avons déjà aidé et sauvé près de dix personnes. Je me bats et milite pour que la phagothérapie soit introduite en France. Personne n’y connaît ce terme, alors que la méthode a été inventée il y a un siècle. Ce n’est pas normal que l’on doive aller se faire soigner à l’étranger.»



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