Chronique
Texte: Marisol Hofmann et Stéphanie de Roguin
Photo: Laurianne Aeby

«Chaque minute compte» en cas de sepsis

Dominique Loosli est rescapée d’un sepsis contracté il y a sept ans. Aujourd’hui, elle accompagne des malades dans leur processus de guérison

«En juillet 2010, je passais un week-end dans les Grisons avec mon mari. Le samedi soir, nous sommes allés manger dans un très bon restaurant. Je me suis réveillée à 5h du matin avec de la fièvre et des vomissements violents. Le médecin du village m’a donné de quoi me soulager pour rentrer à la maison. Lundi, la fièvre n’avait pas diminué. Mon mari a insisté pour qu’on se rende aux urgences, lui qui n’y avait jamais mis les pieds de sa vie! Là, on m’a fait une prise de sang. Le diagnostic est tombé: sepsis. On m’a placée en coma artificiel, j’y suis restée cinq semaines. On me donnait alors 20% de chances de survie.

Je me suis réveillée aux soins intensifs avec une paralysie totale. Je ne reconnaissais pas mes enfants, l’anesthésie avait impacté ma mémoire. C’était une période très dure. Pendant un mois, je me suis déplacée en fauteuil électrique. Je ne supportais pas les antibiotiques qu’on me donnait, j’ai fait une neutropénie (un trouble du système sanguin, ndlr). Je me trouvais toujours en danger de mort. C’est là que mon corps a commencé à reprendre le dessus: j’ai pu bouger un orteil, puis manger un peu. Il a fallu réapprendre chaque geste. Aujourd’hui encore, je n’ai pas complètement récupéré la motricité fine de la main droite. Le pire, c’est de lacer des chaussures!

Au total, il m’a fallu trois mois pour retrouver mes fonctions majeures, cinq mois pour sortir de l’hôpital, deux ans pour me sentir bien.

J’ai recommencé à travailler en janvier 2011. L’entreprise dans laquelle j’étais employée avait été totalement réorganisée. Je ne connaissais presque plus personne, il y avait peu d’égards pour moi. Et puis, après avoir vécu une pareille expérience, notre échelle de valeurs change, les plaintes des autres nous paraissent futiles. Les démarches administratives étaient lourdes. J’avais tout le temps à rendre des comptes, à l’assurance maladie, à mon employeur ou à l’Assurance Invalidité. Le sepsis reste très peu connu. Je travaille depuis cinq ans maintenant au Centre de paraplégie, en tant que pharmacienne hospitalière. J’accompagne de plus des patients qui sortent d’un sepsis. Je collabore également avec un centre en Allemagne destiné aux survivants de la maladie, qui m’avait aidée à l’époque.

Personne ne peut expliquer pourquoi certains s’en sortent et d’autres non. Le choc septique, stade ultime de la maladie, provoque une accélération du rythme cardiaque importante. Mon cœur a tenu à 260 battements par minute. J’ai également eu de la chance que le diagnostic ait été posé rapidement. Avec cette maladie, chaque minute compte.»



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