Prospection
Texte: Émilie Mathys

Maman à 40 ans : le défi de la fertilité

Le désir d’être mère se heurte encore à la biologie. Si les progrès de la science ont permis à des quadragénaires d’enfanter, la fertilité, elle, reste encore un enjeu pour le monde médical.

Eva Longoria, Adriana Karembeu ou encore Céline Dion, les célébrités devenues mamans sur le tard ont attiré l’attention des médias. Plus proche de chez nous, L’Illustré présentait en août dernier des Romandes qui ont donné la vie à plus de 44 ans. Des histoires qui font naître des espoirs dans un pays où l’âge moyen du premier enfant se situe à 31,2 ans (OFS), mais qui occultent souvent le rôle de la science dans ces grossesses dites tardives. « Je reçois plusieurs fois par jour des patientes de plus de 40 ans, et plusieurs fois par mois des futures mamans âgées de 45 ans et plus. Ce n’est plus un phénomène rare », confirme le Professeur David Baud, chef du Service d’obstétrique au CHUV et spécialisé dans le suivi des grossesses à haut risque. Depuis les années 2000, le nombre de femmes qui accouchent à plus de 40 ans a doublé, selon l’OFS. Deux tiers des patientes qu’il reçoit dans son cabinet sont enceintes grâce à la procréation médicalement assistée (PMA).

Les changements sociétaux se heurtent à la biologie, qui
ne suit pas toujours. Des études plus longues qu’auparavant, des voyages, des carrières chronophages, une instabilité professionnelle et amoureuse font partie des facteurs qui expliquent que le projet bébé prend parfois du temps à se concrétiser. Sans compter la baisse de fertilité dans la population en général, notamment liée à l’augmentation de l’âge auquel s’entame le projet de parentalité.
Loin de manquer de travail, la médecine de la fertilité du CHUV a, en effet, vu son activité augmenter de près de 70% entre 2016 et 2021. « La majorité de nos patientes sont âgées de plus de 38 ans », précise Anna Surbone,
médecin associée à l’Unité de médecine de la fertilité et endocrinologie gynécologique qui propose diverses techniques de PMA. « Si l’âge de la grossesse augmente, cela ne signifie pas que le taux de fécondité suit », confirme la spécialiste. Elle accueille fréquemment des femmes de 40 ans qui attendent de la science un miracle et tombent des nues en apprenant les probabilités de réussite. « Au-delà de 43 ans, les chances de succès (soit qu’une grossesse arrive à terme) d’une fécondation in vitro sont environ de 5%, car la réserve ovarienne et la qualité des ovocytes diminuent rapidement avec l’âge. Il y a des limites biologiques qu’on ne peut pas dépasser. Il y a un vrai travail de sensibilisation à faire, notamment pour que les jeunes femmes, si elles le souhaitent, congèlent leurs ovocytes le plus tôt possible. » Mais, pour l’heure, le don d’ovocytes est interdit en Suisse. Il est ainsi fréquent que des femmes célibataires ou des couples âgés de 45 ans et plus se tournent vers l’Espagne ou le Danemark pour se procurer des ovocytes plus « jeunes ».

Un bébé à tout prix

Pour celles et ceux qui décident de se lancer dans une fécondation in vitro (FIV), soit la technique de PMA qui rencontre le plus de succès, mieux vaut avoir un compte en banque bien garni. Un cycle de FIV coûte entre 8000 et 10’000 francs et il en faut souvent plusieurs pour espérer arriver à une naissance. Des coûts élevés, non remboursés. « Malgré le sacrifice financier que représente la PMA, nous recevons des profils très variés. Le désir d’enfant surpasse tout, que l’on soit riche ou pauvre. Certains couples font des emprunts, piochent dans leurs économies. Mais il nous arrive de voir des couples renoncer à un cycle supplémentaire faute de moyens, c’est très frustrant. »

Pour les couples qui ont toutefois le bonheur d’avoir
un test de grossesse positif, le chemin jusqu’à la parentalité peut se révéler sinueux. « Ce n’est pas une folie de faire un enfant à plus de 40 ans, si on est en bonne santé, la majorité des grossesses se passent bien. Mais il est vrai qu’avec l’âge, la probabilité d’accumuler des maladies comme l’hypertension ou le diabète est plus importante.
Il est également plus fréquent de donner naissance à des bébés prématurés ou par césarienne », souligne le professeur David Baud, rappelant que l’essentiel étant l’état de santé préexistant
à la grossesse.

Si les progrès et la loi en matière de PMA continueront d’évoluer dans le futur (voir encadré) et devraient encore permettre à de nombreuses femmes de connaître la maternité au cours de leur seconde moitié de vie, il n’en reste pas moins que la fertilité reste un enjeu majeur pour ces prochaines années. « La qualité du sperme diminue chaque année de 1% au niveau mondial, notamment à cause de la pollution et des pics de chaleur qui perturbent la production de spermatozoïdes. À ce rythme, il n’y aura plus de sperme dans cent ans », déplore le professeur Baud. Et les traitements de PMA deviendraient alors obsolètes. /

Ce que dit la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée (LPMA)

La loi suisse place le bien-être de l’enfant au centre des préoccupations. Ainsi, s’il n’existe pas de limites officielles pour accéder à la PMA, les parents doivent être à même de subvenir aux besoins de l’enfant jusqu’à ses 18 ans. Par ailleurs, tout traitement doit faire l’objet d’un consentement des deux partenaires.

La Suisse, actuellement le seul pays européen avec l’Allemagne à interdire le don d’ovocytes, devrait bientôt également l’autoriser. Le Conseil des États a suivi le National et accepté en septembre 2022 une motion visant à autoriser le don d’ovocytes, au même titre que le don de sperme qui est autorisé aux couples mariés dont l’homme est infertile.
Depuis juillet 2022, il est également autorisé pour les couples de femmes mariées. Toutefois, seuls les couples dont les femmes sont infertiles pourront avoir accès aux dons d’ovocyte.

À l’heure actuelle, les couples ou les femmes célibataires qui souhaitent bénéficier du don d’ovocytes doivent se rendre à l’étranger, un traitement qui n’est pas remboursé ici.

La gestation pour autrui, le don de sperme chez
les couples non mariés et chez les femmes sans conjoint sont exclus de la LPMA, tout comme la détermination du sexe (sauf pour exclure une maladie grave).



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Anna Surbone

« Si l’âge de la grossesse augmente, cela ne signifie pas que le taux de fécondité suit », prévient Anna Surbone, médecin associée à l’Unité de médecine de la fertilité et endocrinologie gynécologique.