Chronique
Texte: Benoît Dubuis
Photo: DR

Le mot de Benoît Dubuis

Les programmes de soutien doivent s’adapter à la diversité des projets entrepreneuriaux.

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La Suisse n’assumerait-elle plus sa diversité? À chaque fois qu’un jugement péremptoire est porté sur l’un ou l’autre des programmes de soutien à l’innovation ou que quelqu’un s’interroge sur la valeur de telle ou telle initiative, je suis surpris par la chétivité tant de l’argumentation que de la connaissance de ces programmes par mes interlocuteurs. Paresse, parti pris, absence de distance de jugement, volonté irréductible de défendre son «bébé»?

Soyons clairs! La diversité est une chance tant pour notre pays que pour les entrepreneurs qui attendent de lui un soutien. Car la question est bien là: quels sont les véritables besoins des entrepreneurs suisses aujourd’hui? Par définition, les besoins sont aussi variés que les projets et que leurs porteurs ont des situations dissemblables. À vouloir trop calibrer l’offre, nous oublions la diversité des attentes et finalement nous ne nous adresserons qu’à une minorité d’initiatives ni plus ni moins adaptées à la réalité entrepreneuriale.

Je m’amuse d’ailleurs à découvrir les dizaines de démarches qui s’efforcent de définir l’avenir de l’innovation, toutes aussi intéressantes prises individuellement et pourtant toutes aussi éloignées d’un cas général. Parmi elles, la nouvelle mode de «l’innovation frugale». Il s’agit d’une démarche consistant à répondre à un besoin de la manière la plus simple et efficace possible en utilisant un minimum de moyens.

Qu’y a-t-il de résolument nouveau dans l’idée de chercher à répondre à un besoin de la manière la plus simple et efficiente possible en utilisant un minimum de moyens?

N’est-ce pas la motivation première de tout entrepreneur, qui apprend à régater tout en cherchant du financement, et qui utilise son carburant avec la parcimonie la plus stricte? Une révolution? Non, tout au plus une idée fondamentale intéressante à remettre au centre du débat de l’innovation, dans la mesure où cela ne devient pas un cas général.

Des propos illustrés avec brio par Carlos Ghosn avec le principe de l’automobile low cost, un concept proche du Jugaad indien intellectuellement attrayant. L’innovation frugale suffit-elle pourtant à justifier à elle seule l’avènement d’une nouvelle économie? Non! D’ailleurs en creusant le sujet avec son auteur Navi Radjou, il reconnaît lui-même qu’il s’agit d’une approche, une approche parmi tant d’autres qui font la diversité et la force de la nouvelle économie.

Et ce qui est vrai pour les démarches liées à l’innovation l’est également pour les outils de soutien: incubateurs, accélérateurs, verticaux, horizontaux, de durées variables, de contenus différents, aucun ne répond aux attentes de toute la population entrepreneuriale, tous concourent à soutenir des besoins précis, incarnés par des entrepreneurs qui ont des capacités de financement, de disponibilité et des formations et expériences très variables.

Plutôt que de formater ces aides, ne serait-il pas plus sage de promouvoir de véritables complémentarités et synergies afin que chacun puisse choisir l’environnement qui lui permettra de s’épanouir et de réussir? Une mosaïque est belle non parce que chacune des pièces est la même, mais parce que chacun de ses éléments est unique. ⁄



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Bio

Benoît Dubuis est ingénieur, entrepreneur, président de BioAlps et directeur du site Campus Biotech.