Texte: Catherine Cossy
Photo: Jeanne Martel - Service d'appui multimédia (SAM)

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Consultez le guide de la Ligue suisse contre le cancer pour les personnes touchées par le mélanome et leurs proches.

Au pays du mélanome

La Suisse est l’un des pays d’Europe les plus touchés par le mélanome, avec quelque 2'700 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Ce cancer cutané est également l’un de ceux qui répondent le mieux à l’immunothérapie. Explications avec Olivier Michielin.

La Suisse a une incidence de mélanome particulièrement élevée. Une personne sur cinquante présente le risque, cumulé sur tout une vie, de développer la maladie. Le niveau de vie notamment, qui permet aux touristes suisses de s’offrir des voyages au soleil, est associé à l’apparition de ce cancer. Beaucoup sont certes guéris par la chirurgie. Mais dans le cas de maladie disséminée, le traitement classique par chimiothérapie, qui n’a jamais fait la preuve de son efficacité, est en train de sortir de l’arsenal thérapeutique. L’immunothérapie est en passe de devenir le traitement en première ligne pour ce type de cancer, tout comme pour le cancer du poumon.

Le Prof. Olivier Michielin, chef de la division d'oncologie personnalisée analytique du CHUV, explique pourquoi ce cancer extrêmement agressif se prête particulièrement bien à l'immunothérapie:

«Le mélanome est l'un des cancers les plus mutés, qui présente un grand nombre d'altérations liées à un mécanisme chronique de dommage: le soleil. Or, plus les cellules sont endommagées, plus elles sont visibles par le système immunitaire.»

Les premiers succès cliniques avec les inhibiteurs de checkpoints ou points de contrôle immunitaires ont été enregistrés en 2010, et cela a changé le monde de l’oncologie de manière irréversible.

«Pour la première fois, nous enregistrons des réponses cliniques claires et fréquentes, mais aussi un impact sur la survie. Il est possible de stabiliser près de 40% des patients à long terme — du jamais vu pour ce type de maladie. Mais le risque d’effets secondaires avec des conséquences potentiellement fatales, notamment des réactions auto-immunes contre des organes du patient, est bien présent», souligne Olivier Michielin.

Le mélanome est le cinquième cancer le plus fréquent en Suisse, selon la Ligue suisse contre le cancer. Il peut également toucher des personnes jeunes: 24% des patients ont moins de 50 ans au moment du diagnostic.

La thérapie cellulaire adoptive

Au cœur de l’essai clinique présenté dans cette série Immersion, la thérapie cellulaire adoptive à base de TILs ouvre de nouvelles perspectives. Elle consiste à prélever chez les patients des lymphocytes T infiltrant la tumeur (TILs), à les sélectionner et les faire proliférer, puis les réinjecter après avoir préparé le terrain.

Le CHUV est le seul centre spécialisé en Suisse qui propose cette forme de thérapie personnalisée, grâce à un laboratoire certifié garantissant la manipulation et la modification des cellules dans des conditions strictes de sécurité, et à une équipe médico-infirmière formée, capable de gérer entre autres les effets toxiques. «Avec les TILs, nous voulons rajouter une corde à notre arc et augmenter l'arsenal des immunothérapies», explique le Prof. Michielin.

«Le programme de transfert adoptif se concentre sur les lymphocytes trouvés dans la tumeur. Ils semblent ainsi moins enclins à attaquer d’autres organes sains.»

Les études cliniques déjà menées aux États-Unis ont montré qu'environ 20% des patients souffrant de mélanome métastatique présentaient un taux de rémission de longue durée. Les trois premiers patients traités au CHUV avec ce procédé ont bien toléré la réinfusion des lymphocytes T dans leur organisme, et deux d'entre eux ont répondu au traitement.

Inclusion des patients

La thérapie cellulaire adoptive ne convient toutefois pas à tous les patients souffrant d’un mélanome. Les conditions pour pouvoir participer à l’étude sont nombreuses. Comment expliquer aux participants qu’ils vont commencer un parcours semé d’embûches?

«Je commence toujours par leur faire un dessin. Il faut prendre les gens au sérieux et leur expliquer toutes les étapes et tous les risques. Même si les explications sont détaillées et très pointues, je vous promets que tout le monde comprend», note le spécialiste.

«Il est important que chaque participant adhère pleinement au projet thérapeutique.»

Quelles sont les perspectives pour les patients qui ne peuvent pas être inclus dans l’étude?

«Il se peut que l’on ne trouve pas de lymphocytes dans la tumeur: c'est la situation du désert immunitaire. On peut alors en prendre dans le sang et les modifier génétiquement pour qu’ils puissent lutter contre la tumeur. C’est de l’ingénieurie des cellules T, tout un programme dirigé par le Prof. George Coukos, en cours d’élaboration avec l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et la branche lausannoise du Ludwig Institute for Cancer Research. Il faudra encore quelques années avant de pouvoir lancer des essais cliniques dans ce domaine, mais nous y travaillons d’arrache-pied.» /



Profil

Diplômé en physique à l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), ainsi qu'en médecine à l'Université de Lausanne (UNIL), Olivier Michielin a poursuivi sa formation avec une thèse MD-PhD à Strasbourg et à Harvard, avant d'être nommé chef de groupe à l'Institut suisse de bioinformatique, au Ludwig Institute for Cancer Research, et professeur au CHUV et à l'UNIL. Actuellement responsable de la clinique du mélanome et de la division d'oncologie personnalisée analytique du CHUV, il a une formation d'oncologue médical avec un titre de spécialiste FMH obtenu en 2007.

2'704

/

Nombre de nouveaux cas de mélanome par année en Suisse, selon l'Institut national pour l’épidémiologie et l’enregistrement du cancer NICER.

6,7%

/

Proportion par rapport à tous les nouveaux cas de cancer par année.

328

/

Nombre de décès liés au mélanome par année en Suisse.

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