• Tandem
    Texte: Jade Albasini
    Photo: Gilles Weber

    Tandem: Patrick Schoettker et Josep Solà

    Avec leurs capteurs sans fil, Patrick Schoettker et Josep Solà visent à révolutionner le quotidien des blocs opératoires.

    Les salles d’opération risquent de vivre prochainement une nouvelle ère: celle du monitoring sans fil. Les câbles encombrants, qui mesurent jusqu’à présent les données physiologiques des patients, pourraient être remplacés par des capteurs autonomes à haute précision. Des électrodes collées sur la peau, qui calculent en temps réel la pression artérielle, l’électrocardiogramme, la saturation en oxygène, la fréquence respiratoire ainsi que la température d’un malade. Les datas collectées par ces autocollants novateurs, seraient ensuite transmises sur les tablettes du personnel soignant via Bluetooth. Un progrès high-tech, qui allégerait non seulement les équipements de surveillance, mais également le quotidien des anesthésistes au bloc.

    Ce projet est le fruit de la collaboration de Patrick Schoettker, médecin responsable de la recherche clinique du Service d’anesthésie du CHUV, et de Josep Solà, ingénieur au Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM). Financé par les deux institutions, le projet d’étude mis en place par le médecin et l’ingénieur a rapidement obtenu le feu vert de Swissmedic et Swissethics. Après une première série de comparaisons entre les mesures prises par la machinerie traditionnelle aux normes calibrées et celles des capteurs sans fil, les résultats basés sur une quarantaine de patients dépassent toutes les espérances du duo. «Nous sommes encore en phase d’analyse, mais les prototypes s’avèrent être plus proches de la réalité que les machines reconnues comme extrêmement fiables. Posés à des endroits stratégiques, ils recensent les signaux à la nanoseconde près», se réjouit le médecin-chef.

    Le CSEM planche depuis plusieurs années sur le développement de cette technologie. «Nous avons commencé à élaborer des senseurs en 2004 pour des astronautes en accord avec l’Agence spatiale européenne. Nos recherches ont ensuite été utilisées dans le milieu du sport avec les vêtements intelligents, puis se sont adaptées aux problématiques biomédicales», énumère le spécialiste en ingénierie biomédicale. Une rencontre fortuite avec Patrick Schoettker a permis d’optimiser le système. «De nombreuses frustrations liées aux activités médicales actuelles peuvent être solutionnées par des ingénieurs, estime le médecin. Il faut explorer davantage ces synergies.» (lire le dossier dans «In Vivo» 9).

    Dans le bloc opératoire, ce type de monitoring a donc fait ses preuves, mais Patrick Schoettker reste précautionneux. «Ce milieu est optimum pour ce genre de mesures. Mais nous ne savons pas comment réagissent les autocollants à la lumière naturelle par exemple», ajoute-t-il lorsque d’éventuels développements, comme la veille de patients en ambulatoire, sont abordés. Prudence mise à part, les deux partenaires affirment que ces senseurs pourraient s’appliquer à d’autres besoins à l’avenir comme le calcul du débit cardiaque. «Il existe un réel potentiel économique, mais il faut attendre des chiffres solides avant d’envisager une éventuelle commercialisation.»



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