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    Texte: Science photo library
    Photo: Paule Goumaz

    Quand les poumons partent en fumée

    Surnommée «maladie du fumeur», la broncho-pneumopathie chronique obstrusive sera la troisième cause de mortalité dans le monde en 2030. Présentation d’une maladie respiratoire peu connue.

    La broncho-pneumopathie chronique obstrusive (BPCO) se développe pendant des années à l’insu des personnes qui en sont atteintes. Elle touche près de 400’000 individus en Suisse, où le tabac en est la cause principale. Chez les non-fumeurs, la pollution atmosphérique avec ses microparticules est un facteur de risque bien documenté ces dernières années. «L’inhalation de la fumée ou de substances irritantes conduit à une inflammation et à un rétrécissement des bronches, ce qui provoque une obstruction bronchique et, par conséquent, le diagnostic de BPCO, explique Alban Lovis, médecin associé au Service de pneumologie du CHUV. Ce même phénomène induit un emphysème pulmonaire, soit la destruction et la dilatation des alvéoles. Celles-ci sont alors incapables d’extraire l’oxygène de l’air inhalé pour qu’il soit ensuite distribué dans le corps.»

    Un diagnostic trop tardif

    Une difficulté à respirer au moindre effort, des expectorations et une toux chroniques constituent généralement les symptômes de la BPCO. Mais ils se manifestent insidieusement et très progressivement: au début, les malades ne s’en aperçoivent pas, puis ils s’en accommodent. «Au lieu de monter la rue du Petit-Chêne à Lausanne à pied, ils prennent le métro, illustre le pneumologue. Ils se disent que leur essoufflement est lié à l’âge.»

    Ces symptômes devraient pourtant les alerter, car ils signifient souvent le début d’une spirale descendante. Pour ne plus être capables, dans les cas graves, d’avancer de plus de quelques pas. «Hors d’haleine, les malades font de moins en moins d’efforts, poursuit Alban Lovis. Ils ne sortent plus faire leurs courses, se nourrissent moins et perdent leur masse musculaire. Ils s’isolent aussi socialement, car ils n’ont plus la force, par exemple, de monter une rampe d’escaliers.»

    Les symptômes devraient pourtant alerter, car ils signifient souvent le début d’une spirale descendante.

    Fragilisés, ces malades souffrent souvent d’infection des voies respiratoires. Ils sont davantage affaiblis jusqu’à encourir un risque de décès. «En général, résume le spécialiste, ces patients viennent nous consulter lorsqu’à 60 ans, ils sont déjà gravement atteints, avec une capacité pulmonaire détruite à plus de 50%.»

    Le spécialiste recommande de consulter son médecin de famille en cas de tabagisme, même en l’absence des premiers symptômes. Il peut effectuer une spirométrie, un test de mesure de la respiration, et conseiller son patient sur les aides au sevrage. «N’oublions pas qu’un fumeur sur deux meurt des conséquences directes du tabac, rappelle le spécialiste. Seulement 20% des fumeurs développent une BPCO. Mais dans leur cas, il est essentiel d’éviter un diagnostic trop tardif, car l’atteinte des alvéoles et des bronches est irréversible.»

    Une meilleure condition physique

    Supprimer la cigarette est la première mesure à prendre pour enrayer la destruction des poumons. Ensuite, des bronchodilatateurs, médicaments qui élargissent les bronches, aident les patients à mieux respirer.

    Mais l’accent est mis sur une prise en charge globale. Un programme de réhabilitation, organisé par exemple à l’Hôpital de Rolle sur plusieurs semaines, permet aux patients de retrouver une meilleure qualité de vie. Ils bénéficient d’exercices et de conseils sur la nutrition pour reconstituer leur masse musculaire, ainsi que d’un soutien psychologique. «Les malades remontent doucement la pente, souligne Alban Lovis. En augmentant leur capacité respiratoire, ils reprennent confiance et se déplacent plus facilement.» Cette nouvelle hygiène de vie doit toutefois être poursuivie au quotidien, pour que les symptômes de la BPCO ne progressent plus. Dans une minorité de cas, ce programme de réhabilitation est complété par un traitement de réduction de volume pulmonaire, par chirurgie ou par endoscopie (voir encadré).

    Selon l’Organisation mondiale de la santé, 64 millions de personnes souffrent actuellement de BPCO dans le monde et ce chiffre devrait encore augmenter, ce qui en fera la troisième cause de mortalité en 2030. «Dans les pays en voie de développement, cette maladie est principalement provoquée par la combustion du bois et du charbon à l’intérieur des maisons, utilisés pour la cuisine et le chauffage, conclut Alban Lovis. En Suisse, par contre, nous payons les conséquences du boom du tabagisme.»
    Même s’il tend à diminuer, les effets de ce tueur silencieux vont encore se faire sentir sur de nombreuses années. ⁄



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    Réduire le poumon pour mieux respirer

    Chez les malades souffrant d’un emphysème pulmonaire sévère, il est possible de recourir à une réduction de volume pulmonaire. «La destruction des alvéoles conduit à une perte de l’élasticité du poumon, explique le chirurgien thoracique Michel Gonzalez. Il se dilate et ressemble à un ballon incapable de se vider.» Cette bulle d’air comprime les tissus pulmonaires sains environnants et le diaphragme, qui ne peut plus assurer ses mouvements d’inspiration et d’expiration. Il s’agit alors de réduire le volume du poumon altéré.

    Cette intervention est réalisée par les chirurgiens thoraciques ou les pneumologues. Les premiers retirent les parties malades du poumon via des incisions dans le thorax. Tandis que les seconds introduisent par voie endoscopique des valves, qui laissent sortir le trop-plein d’air du poumon, ou encore des coils, petits ressorts qui compriment la zone pulmonaire malade. «Ces traitements améliorent la respiration, donc le bien-être des patients, conclut le chirurgien. Mais ils sont palliatifs et ne vont pas restaurer les parties abîmées du poumon. Pour prévenir la BPCO et ses méfaits, il faut revenir
    à la base, c’est-à-dire bannir la cigarette!»