• Chronique
    Texte: Guy Vallancien
    Photo: DR

    "Réparer l’homme, oui. Mais faut-il vraiment l’augmenter?"

    a vogue transhumaniste, dans ses approximations technoscientifiques, fait rêver plus d’un homme, dans l’espoir de vivre dans un monde moins rude.

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    Chirurgien, membre de l’Académie nationale de médecine

    La vogue transhumaniste, dans ses approximations technoscientifiques, fait rêver plus d’un homme, dans l’espoir de vivre dans un monde moins rude. Elle s’est engouffrée dans la brèche béante, ouverte par la perte d’autorité des églises et des grandes sagas socialo-communistes, qui faillirent à rendre l’homme intrinsèquement meilleur. Une telle mouvance, nouvelle secte branchée, rappelle les énoncés scientistes du XIXe siècle en s’appuyant sur des a priori sommaires dans une troublante confusion des genres. Le transhumanisme repose sur le credo selon lequel la puissance croissante des technologies numériques, Intelligence artificielle et robots combinés, répondra à tous nos manques, corrigera toutes nos faiblesses, éliminera mal-être et passions. L’être vivant bientôt réduit au stade de larve dans ses gesticulations brouillonnes et impuissantes, face au diktat imparable de la machine pensante, chose impersonnelle, sans idéal ni sentiments.Triste monde en perspective!

    On ne peut rester coi face à ceux qui clament à tout-va que l’augmentation de l’homme est actée au prix d’exemples comme l’utilisation du Viagra, de la chirurgie plastique, des vaccins ou des prothèses et des objets connectés implantables dans nos corps biologiques.

    Oui, certains d’entre nous sont devenus des cyborgs, chair et machine confondues, dans l’espoir de réparer un défaut physique, de compenser un handicap, de cicatriser une blessure ou de guérir une maladie. Il s’agit là de compenser des déficits, de remettre l’homme malade en capacité de penser et d’agir comme avant, en recouvrant son autonomie et sa liberté d’être. Aucun frein à la recherche ne doit alors ralentir cette quête d’une compréhension intime de qui nous sommes. Aucun principe de précaution ne doit nous empêcher d’élucider les mécanismes physiques, chimiques, biologiques et psychiques qui concourent à notre présence au monde.

    Tout autre est le passage de la réparation de l’homme blessé, malformé ou malade, à l’augmentation de nos capacités cognitives et physiques brutes. à quel titre accepterai-je cette intrusion dans mon intimité, et pour quoi faire? Qui finalement a intérêt à me doper aux «anabolisants numériques», quand on m’interdit les substances biologiques en compétition sportive? L’appât du gain et la domination suprême à terme, sous couvert du libre marché? Nul ne répond, et le secret des grandes entreprises du numérique qui gèrent le monde depuis leur collection de datas m’inquiète. Elles plaident la transparence pour les autres, mais surtout pas pour elles-mêmes. Nous ne pourrons continuer longtemps ainsi sans réfléchir, ensemble, à ces questions qui engagent aujourd’hui notre avenir personnel et collectif; comme jamais. Je plaide pour l’ouverture d’une Conférence des parties du numérique, une COP digitale, qui nous permette de définir les limites pour ne pas aller trop loin au nom de l’humanité. ⁄



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